EURUSD - La Grèce retient toutes les attentions...

Bonjour à toutes et à tous,

Le 22 Janvier 2015 le marché s’attendait à ce que la BCE par la voie de son président annonce une enveloppe d’environ 500 à 600 Milliards d’euros d’assouplissement monétaire, et la moindre déception, comprenez un total inférieur à 500 Milliards, aurait propulsé l’euro instantanément de 1,16 vers au moins 1,18 or c’est 1140 milliards, soit environ le double du consensus, qui fut annoncé par Mario Draghi lors de son dernier discours dépréciant en conséquence la monnaie unique lors d’un ultime décrochage vers 1,11.

Ainsi après avoir percuté 1,1097 au plus bas suite à un gap baissier à l’ouverture de la séance hebdomadaire de la semaine dernière, les cours sont ensuite remontés vers 1,14 puis évoluent désormais depuis une semaine environ autour de  1,13 comme s’il souhaitait respirer horizontalement pour un temps :

EURUSD Quotidien 2015 02 02

D’un point de vue technique cette évolution horizontale va bientôt se heurter à l’oblique baissière du petit canal à forte pente dans lequel les cours EUR/USD se meuvent encore à ce jour. Un canal vit puis meurt naturellement, ainsi la sortie pourrait bien se faire tranquillement par la poursuite du comportement horizontal des cours puisque l’annonce du QE européen est passée et digérée, la patience de la FED au sujet de la remontée des taux directeurs est également intégrée, et peu de statistiques sont attendues cette semaine sur le plan macro. Seules quelques surprises du côté de la péninsule Hellénique pourraient venir pimenter le repos de nos bougies quotidiennes de façon chaotique.

Puisque désormais la victoire de Syriza est acquise il s’agit maintenant de trouver pour l’Europe l’issue la moins couteuse économiquement et politiquement à cette tragédie grecque qui empoisonne régulièrement la zone depuis quelques années.

S’il est vrai que depuis le premier choc grec du printemps 2011 de nombreux plans d’aide se sont succédés, mêlant carotte de restructuration des prêts contre bâton de mesures d’austérités, pour un résultat inexistant jusque-là, il faut également avouer que l’inertie temporelle nécessaire à la cueillette des fruits provenant de graines que l’on sema jadis prend du temps. Il est donc probable que « ceux qui ont fait le job ne seront pas ceux qui en récolterons la gloire », et ce n’est pas Gerhard Schröder qui, après avoir d’abord réformé son pays puis contraint à laisser sa place à Angela Merkel, démentira ce principe. Ainsi quelles qu’en soient les causes réelles, la moindre amélioration de la situation en Grèce dans les années à venir sera mise de facto au crédit d’Alexis Tsipras, au grand regret de son prédécesseur. Malheureusement ce processus pourrait bien être fort fâcheux pour la suite de la construction européenne au vu de la teneur du discours porté par ce type de parti, car cela pourrait devenir l’exemple à suivre pour beaucoup de partis anti-européens, et ce quel qu’en soit le bord d’ailleurs puisque pour ce type de formation politique généralement le rejet se substitue au projet. De là à penser que nous pourrions revivre un scénario modernisé des années 30’ en Europe, il n’y a qu’un pas.

Mais avant de le franchir il existe une autre hypothèse, celle d’une sortie par le haut. En effet il existe également un côté positif à ne pas négliger suite à ces élections grecques. Tout d’abord le fait qu’un immense coup de pied a été donné dans la fourmilière d’un système politique si rongé que le seul but de ses membres était tout simplement « eux-mêmes », et il se peut que cela change. Ensuite et surtout l’idée que des sauts vers plus de fédéralisme en Europe pourrait être franchis et permettre cette fameuse issue vers le haut d’un problème grec qui restera toujours insoluble dans un système de confédération actuel dans lequel nous voyons bien que depuis 2008 chacun tire un peu plus la couverture à soi à mesure que la situation se dégrade, alors que bien évidemment, et chaque groupe d’individus le sait, c’est l’inverse qu’il faut faire dans les moments difficiles.

Si l’Europe technocratique a souvent perdu son temps à normer des détails tels que les dimensions des cages à poules, il est temps de retrouver de nouveau en Europe le gout de s’attaquer à des règles d’une autre envergure. Et avec l’arrivée au pouvoir effective de Syriza et probablement l’arrivée imminente d’autres partis antitout, la vieille Europe politique doit vite se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard pour se doter d’institutions taillées pour les défis auxquels elle doit faire face. Pour ce qui concerne l’économie comment se fait-il qu’une quinzaine d’années après la création de la monnaie commune, il n’y ait toujours pas de réelle zone économique agrégée, ayant pouvoir pour émettre des obligations européennes, et ce afin par exemple de pouvoir lancer un véritable plan Marshall sur le vieux continent, le tout sous l’égide d’un Ministère Européen de l’Economie et des Finances, lequel aurait capacité à lever l’impôt européen et appliquer de facto un système de compensation / redistribution entre les diverses zones afin d’assurer la péréquation entre les excédents et les manques, et ce sans devoir dépendre du bon vouloir de chaque Etat à tout instant. Savons-nous pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ? Il semble après étude du passé récent que la responsabilité est commune, d’une part le peuple fautif d’avoir honni le terme de « Fédération Européenne » ou « Etats Unis d’Europe » car c’est bien de cela dont il s’agit, et d’autre part les nabots politiques au niveau du moteur Franco-Allemand dépourvus de la moindre once de courage, dont pour la France un certain Nicolas auquel les oubliettes de l’Histoire n’auraient fait qu’une bouchée s’il ne jouait pas de temps en temps des coudes pour tenter d’exister encore et plus récemment un certain François dont le commentaire principal pourrait se résumer à « de grâce ne tirer pas sur l’ambulance », et pour l’Allemagne la fameuse Angela qui hérita d’une situation favorable dont elle a été incapable de faire profiter l’idéal Européen.

A force de trop pencher du côté de l’Europe des nations, à terme le balancier pourrait tout simplement faire vaciller l’Europe européenne, et pour éviter cela il revient aux nabots d’aujourd’hui de devenir les grands de demain en sachant opter pour des choix qui, n’en doutons pas, vont les dépasser, des choix moins égoïstes, moins court-termistes, moins électoralistes, mais des choix qui en d’autres temps ont justement permis de créer ces mêmes nations. Ici et maintenant c’est un niveau supérieur auquel nous devons accéder, et tout l’enjeu sera d’y parvenir pacifiquement, sans avoir à faire en Europe notre guerre de sécession.

Et cela est d’autant plus vrai qu’à ce jeu dangereux d’autres acteurs pourraient bien essayer d’en profiter pour tirer leur épingle du jeu, ainsi la Russie pourrait se montrer pro-active pour d’affaiblir un bloc gênant à ses frontières, puisque s’il éclatait la situation pourrait lui permettre de retrouver une zone d’influence sans commune mesure à l’image de l’ordre de grandeur qu’elle connaissait avant 1989, et de l’autre côté les Etats-Unis qui veulent évidemment éviter ce basculement du centre de gravité vers l’Est et qui souhaitent également préserver un marché qui compte encore, surtout depuis le ralentissement des émergeants.

En conclusion si la Grèce antique fut le centre du monde pour sa puissance, c’est désormais pour sa faiblesse que la Grèce moderne le redevient actuellement...

Et en tant que cambistes nous continuerons à surveiller cela de très près tant le cours de l’Euro-Dollar, voire la constitution de la parité elle-même, en dépend !

   Bon suivi des événements,

Benoit Fernandez-Riou

 

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