Le QE 2012 sera un bon cru !

L'avenir est écrit dans notre dos ! Je ne sais pas de qui est cette maxime (de moi peut être !) mais aujourd'hui comme hier, et à l'heure des perspectives 2012 qui vont fleurir de partout, elle résume la démarche qu'il faut prendre pour tenter d'apercevoir le chemin que pourrait prendre notre destinée.

L'année 2011 est pleine d'enseignement. J'ai rassemblé dans ces deux tableaux les performances des actifs financiers les plus représentatifs du moment.
Fig1.

Nota: SGD= dollar Singapour, CHF= Franc suisse, CAD= dollar canadien, GBP= Livre sterling, BRL= Real brésilien, INR= Roupie indienne, ARS= Peso argentin, UST10Y= bon du Trésor US 10 ans.

Les indices actions, en € ou en $, connaissent les plus mauvaises performances. Certes le S&P500 termine neutre sur l'année mais c'est au prix d'un soutien obscur et forcené de la part des autorités américaines.

La meilleure performance est réalisée, en € et en $, par un placement or, et ceci malgré les récentes déconvenues subies sur le marché à terme du métal jaune. Ces déconvenues ont selon moi deux raisons principales dont j'ai déjà parlées ici: d'une part la mise à disposition des stocks de métal des banques centrales européennes au profit des banques commerciales dans des opérations destinées à apporter des liquidités (swap), et d'autre part les conséquences des malversations de MF Global et surtout du refus du Comex d'assumer ses responsabilités vis-à-vis de ses clients floués. Ceci a fait fuir bon nombre d'acheteurs échaudés.

Enfin ces deux tableaux mettent en évidence ce dont j'ai eu l'occasion de vous parler ici il y a plusieurs semaines, les prémices d'une guerre des monnaies. Cette guerre a été lancée par les États-Unis (encore une !) qui voient dans la dévaluation de leur monnaie la seule issue possible pour relancer leur machinerie économique.

Avant le démarrage réel de la crise en 2007 le consensus établi entre américains et chinois était que ces derniers devaient réévaluer progressivement leur monnaie limitant ainsi l'expansion du déficit de la balance commerciale américaine sans toutefois étouffer le rythme de la croissance chinoise. Ceci a fonctionné de la mi-2005 à la mi-2008. Le déficit commercial mensuel américain s'est stabilisé autour de 65 milliards de dollars (voir Fig4). Dans le même temps, et comme le montre le graphique ci-dessous, l'Euro se réévaluait considérablement par rapport au Dollar (courbe bleue) dans des proportions supérieures à celles de la réévaluation de l'euro vis-à-vis du Yuan (courbe rouge). En fait le montage consistait à faire compenser par une hausse de l'Euro le manque de compétitivité qu'entrainerait la réévaluation du Yuan par rapport au Dollar (courbe verte). Ce que les chinois perdraient du côté américain ils devaient le gagner du côté des consommateurs européens.
Fig2.

Mais la crise de 2007 est venue tout bouleverser. En effet mi-2008 l'effondrement brutal de la consommation américaine mettait les chinois devant un constat : le renforcement du Dollar et donc la chute de l'Euro, pénalisait leurs exportations vers l'Europe. Ce qu'ils avaient perdu du côté américain ne se rattrapait plus du côté européen. S'ils continuaient sur la voie de la réévaluation vis-à-vis du Dollar ils risquaient une perte considérable de compétitivité. Le spectre d'un choc économique majeur accompagné de mouvements sociaux ne réjouissant pas particulièrement les responsables du Parti communiste chinois, le mouvement de réévaluation était dès lors stoppé net à la fin du printemps 2008 (la courbe verte redevient plate).
Bien évidemment ceci ne faisait pas l'affaire du gouvernement américain qui fait de la dévaluation de sa monnaie la principale arme pour réduire ses déséquilibres commerciaux et donc pour soutenir l'emploi et le PIB américain. Il fallait donc faire quelque chose pour pousser les chinois à reprendre la réévaluation de leur monnaie. La solution a pris la forme d'un programme de rachat d'obligations (ou QE pour quantitative easing) par la Réserve Fédérale permettant d'une part au taux de rester peu attractif localement et, d'autre part, poussant les investisseurs gavés de liquidités vers les pays émergents. Le graphique ci-dessous du pair dollar- yuan vous montre la période pendant laquelle l'opération QE1 s'est déroulée.
Fig3.

L'opération a été un succès : l'inflation exportée par les États-Unis s'est développée dans tous les pays émergents à forte croissance. Les prix à la consommation ont explosé en Chine, l'immobilier s'est emballé encore un peu plus, au final les chinois durent intervenir pour juguler cette fièvre conduisant ensuite à la reprise du processus de réévaluation de leur monnaie. Néanmoins comme le montre le graphique qui suit de la balance commerciale américaine, la contraction du déficit n'a été que temporaire. Une deuxième opération, QE2, a donc été lancée.
Fig4.


Où en est cette stratégie américaine aujourd'hui ?

Pour faire bref : à la case départ. Les déboires de l'Euro ont renforcé le Dollar en 2011. Plus grave le Dollar s'est renforcé vis-à-vis de partenaires économiques majeurs des États-Unis comme le Canada (22% des exportations américaines). Les États-Unis ne trouvent plus dans leur exportation le relais de croissance espéré par cette dévaluation du Dollar.
Fig5. Pair USD -CAD

De leur côté les chinois affichent un réel ralentissement de leur PIB en 2011. En 2012 celui-ci est attendu sous les 9% pour la première fois depuis 2001. La Chine se trouve donc en difficultés avec ses principaux clients en pleine crise de consommation. Il est peu probable que la Chine continue, sans contrainte extérieure supplémentaire, à réévaluer sa monnaie. Lorsqu'on a déjà une balle dans le pied droit, s'en tirer une dans le pied gauche serait de la folie (proverbe chinois je suppose !).

Du côté américain il est également peu probable que le gouvernement laisse les choses en l'état et accepte cette vigueur relative du Dollar qui pèse sur l'emploi (2012 est une année d'élection).

Alors vous avez la réponse à vos questions sur la forme que prendra 2012. Pour remettre le Dollar en tête de la course vers les abîmes attendez-vous prochainement (à mon avis vers la fin de ce trimestre) à une nouvelle opération de monétisation sous une forme ou une autre avec les conséquences que vous devinez aisément.

QE3 sera masqué ou pas, mais QE3 viendra en 2012 !

Meilleurs voeux à toutes et à tous.
 

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