« Peg-flottant » pour le Yuan


« ...Le yuan renminbi, dont le trigramme est CNY, parfois RMB, et qui signifie monnaie du peuple, dépend de la Banque Populaire de Chine ou Banque du Peuple de Chine, ou PBoC pour People’s Bank of China. Le yuan occupe une place à part dans le système monétaire international car il a été longtemps et reste, malgré l’ouverture de plus en plus large de la Chine, toujours indexé au dollar américain, par un « peg » autorisant seulement de très faibles variations bien encadrées par les autorités chinoises. C’est un peu comme si le yuan était resté coincé encore aujourd’hui dans le vieux système de Bretton Woods.

Cependant, et à mesure que les échanges entre l’occident et la Chine s’intensifient, des voix s’élèvent peu à peu pour dénoncer cet état de fait, réclamant un flottement pur et simple du cours de la monnaie chinoise afin de mieux refléter la réalité. D’autres, plus diplomates, ne demandent qu’une juste réévaluation. Malgré un assouplissement de la politique monétaire de la PBoC en juillet 2005, indexant non plus le yuan sur le seul dollar américain mais désormais sur un panier de devises dont le dollar américain reste tout de même en pondération majoritaire, et avec la création du yuan off-shore CNH ouvert aux lois de l'offre et de la demande sur un périmètre d'acteurs restreints liés au commerce international, la People Bank of China semble de moins en moins réticente à ce que, à terme, le yuan CNY devienne une devise flottante...

Car avec d'un côté 3 000 milliards de dollars de réserves de change et de l'autre côté une croissance à deux chiffres couplée à une inflation domestique des prix galopante, cette situation artificielle aura de toute façon beaucoup de mal à perdurer indéfiniment. En effet,
la tendance naturelle du yuan pousse en faveur d'une appréciation de la monnaie du peuple plus que ne peut se permettre de contrôler la PBoC.

La Chine anticipe donc et souhaite réaliser une transition en douceur pour passer d'un yuan « devise exotique indexée » à une « devise flottante majeure », voire même à une « devise flottante majeure et monnaie de réserve » faisant office de contrepoids à la suprématie du dollar américain et de son challenger l’euro. »


Voilà donc ce que l’on peut lire autour de la page 152 du livre « Introduction au Forex » concernant la banque centrale de l’empire du milieu :

Livre introduction au Forex



En remettant aujourd’hui ce constat en perspective il est désormais beaucoup plus commode d’appréhender et, à fortiori, de consentir aux autorités chinoises leurs interventions répétées à partir du 11 Août 2015 dernier sur le taux de change de la monnaie dont elles ont la charge, le Yuan. Quand bien même les raisons fondamentales qui les ont poussés à agir ont changées, loin de prétexter aujourd’hui une surchauffe, mais bien au contraire destiné à insuffler une nouvelle impulsion pour contrer le ralentissement de l’économie chinoise, les autorités pékinoises font d’une pierre plusieurs coups :
-    à court terme, de l’ordre de quelques mois, cette dévaluation, qui semble n’être que le début d’un mouvement de plus grande ampleur, permet de miser de nouveau sur le cœur de croissance historique de l’empire en favorisant les exportations, sans toutefois être pénalisé sur le volet des importations eut égard au faible niveau de prix actuel des matières premières,
-    à moyen terme le passage du peg historique rigide au profit d’un nouveau type d’encadrement bien plus plus flexible, que l’on pourrait qualifier de « peg-flottant », permet au Yuan de se mettre sérieusement en lice pour rejoindre dans quelques années les devises majeures occidentales, notamment dans le panier de devises des droits de tirages spéciaux du FMI,
-    et à plus long terme, de l’ordre de grandeur d’une décennie, de devenir aux yeux du monde économique et des opérateurs de marché une véritable devise majeure flottante acceptée et utilisée par tous, se rêvant à rivaliser avec le dollar américain pour de nombreuses transactions et sur quelques cotations, achevant ainsi le long mais inexorable processus de déplacement du centre de gravité du monde de l’Atlantique vers le Pacifique.

Il est de plus en plus proche le jour où un officiel pourra rétorquer que « le Yuan c’est notre monnaie, et c’est maintenant votre problème ». En attendant retournons vers la page 152 et amusons-nous à répondre à cette question qui y figure en guise de conclusion :

« Une question dont l’issue reste ouverte se pose désormais : quid de la place de l'euro si demain le match se résume à billet vert contre billet rouge ?... »

Il semble que les derniers événements européens révélant la stupidité qui règne sur ce vieux continent ont montré qu’une construction inachevée ne permette aux petits-fils et petites-filles d’Agénor de pouvoir seulement dire vaniteusement à la face du reste du monde que « l’euro c’est notre monnaie mais c’est aussi notre problème ! ».

Benoit Fernandez-Riou

Benoit Fernandez-Riou
 

Avertissement

Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude. L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers. Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière.

Analyses similaires