Tragédie grecque

 Nous voici proche de la fin de cette tragédie ... grecque commencée fin 2009.

Acte 1 - Il n'y a pas de problème
Faillite de la Grèce : Christine Lagarde fait le point le vendredi 12 février 2010 à 10:10.

 


La Grèce en faillite : Christine Lagarde fait le... par rmc


 En résumé : Pas de FMI (Fonds Monétaire International) sur nos plates-bandes, la Grèce va s'en sortir avec un bon plan d'austérité et hop !

Acte 2- Oui mais c'est juste un petit problème
Le 11 avril 2010 lancement du premier plan de sauvetage de la Grèce.
Fig1


En résumé : 30 milliards d'euros de l'UE, 15 milliards d'euros du FMI (... un grand merci au FMI pour sa participation !).

Acte 3- Petit ? oui,  mais costaud le problème !
Le 2 mai 2010, soit moins d'un mois après le premier plan d'aide, un deuxième plan !

Je cite le communiqué du ministère de l'économie et des finances:

Un plan d'aide massif à la Grèce apporté par les États membres de la Zone euro et le FMI

...

Le programme financier met 110 milliards d'euros à disposition de la Grèce sur trois ans, les États de la zone euro contribuant à hauteur de 80 milliards d'euros, dont 30 milliards d'euros au cours de la première année, à un taux de 5% en équivalent taux fixe

Le FMI devrait apporter le complément de financement. La Grèce s'est engagée à redresser la situation de ses finances publiques et de réduire son déficit, par un ensemble de mesures de stricte discipline.

...

Christine LAGARDE s'est entretenue avec les banques françaises, qui se sont engagées à maintenir leurs engagements sur la Grèce.

En résumé : Un prêt de 110 milliards d'euros dont 80 venant des pays de l'Eurozone et 30 du FMI.


Acte 4- La Grèce, l'Irlande ... les petits problèmes s'accumulent
Le 29 novembre 2010, soit le lendemain de l'annonce du plan de sauvetage irlandais, la Grèce obtient de repousser à 2021 le remboursement des prêts qui lui ont été consentis en mai 2010.

En résumé : Le prêt devient un don !


Acte 5- Le plan ne marche pas ...Ah ces grecs !
Le 21 mai 2011, dans le journal Der Standard, Christine Lagarde a une illumination : La Grèce risque de faire défaut sur sa dette si elle ne fait pas davantage d'efforts pour assainir ses finances publiques.

Paradoxe, elle affirme néanmoins On peut bien utiliser tous les termes possibles - reprofilage, restructuration, etc... - mais il n'y aura pas de restructuration de la dette grecque. Ce que nous voulons à tout prix éviter, c'est la faillite d'un État en Europe.

Résumé : Belles paroles ! Néanmoins il semble que la messe soit dite !

Encore un acte éventuellement et la pièce sera finie !

Fig2.


Les banques françaises sont en première ligne dans ce drame. Elles sont en effet le plus gros créancier de la Grèce avec 40 milliards d'euros. Le Crédit Agricole via sa filiale (à 91%) Emporiki Bank of Greece est engagé pour un montant d'environ 24 milliards d'euros. De son côté la Société Générale via sa filiale (à 54%) Geniki Bank et BNP Paribas en ont pris respectivement pour 6 et 8 milliards d'euros.
Fig3.


Si un établissement comme le Crédit Agricole devrait être en mesure d'encaisser le choc d'une restructuration grecque, une institution financière de plus petite taille, même si son engagement global est moins élevé, pourrait moins bien supporter la chose.
Je pense en particulier à la Banque Postale. Son engagement est de seulement 1 milliards d'euros en dettes souveraines grecques mais ceci représente 20% de son capital social. Contribuables, préparez-vous à mettre la main à la poche !
Fig4.

Ce n'est donc pas sans raison que les notes de Crédit Agricole (le 20 mai) et de Groupama (le 16 mai), également exposé à la dette grecque, ont été récemment dégradées par Standard&Poors.

Fitch estime que la Grèce ne pourra pas s'en sortir sans une réduction d'au moins 50% de son endettement. Ceci pourraient se traduire de deux manières: soit par un allongement de la maturité de sa dette, soit par un défaut sur une partie de la dette. Quelle que soit la solution elle ne sera pas sans conséquences. Si le périmètre de la dette détenue par les établissements financiers (banques et assurances) est aujourd'hui à peu près bien délimité ce qui permettrait d'organiser la faillite sans trop de dégâts excessifs (hormis pour les contribuables que nous sommes), il reste néanmoins 105 milliards d'euros de dettes grecques détenues hors de ces secteurs. Comment ces investisseurs réagiront-ils à cette inévitable restructuration ? Je vous remercie d'avoir soulevé le problème !

Vous allez sans doute me poser la question ''pourquoi avez-vous écrit: inévitable ?''. La réponse est simple. Comment espérer que la Grèce puisse s'en sortir alors que les experts du FMI estiment que le PIB grec se contractera de 3% en 2011 mais fait plus grave que la réduction tant attendue du déficit ne sera pas au rendez-vous mais que ce déficit devrait se situer autour de 10% du PIB, c'est à dire au même niveau qu'en 2010 ? De plus avec des taux qui sont désormais à des niveaux astronomiques (voir le 2 ans ici qui frôle 26% et 16.5% pour le 10 ans ici) la Grèce est désormais incapable de se financer sur les marchés sans accroitre encore son endettement qui alors se répercuterait sur le marché par une nouvelle prime sur les taux d'emprunt. La spirale infernale !

Comme je l'ai écrit plusieurs fois (voir ci-dessous), ce pays ne pourra pas s'en sortir sans la maitrise de sa monnaie. Piégée par l'Euro, la Grèce est incapable de sortir de cette impasse (seule).

Euréka ! Mais oui ... il y a une solution ! C'est d'ailleurs celle qui est peut être en train de se mettre en place.

Et si on payait à la place de la Grèce ?

 

 

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Morceaux choisis

2/5/2010 - En route vers des eaux inconnues

Les crises grecques ou portuguaises ne sont pas une surprise pour ceux qui suivent ces commentaires depuis quelques années. Ici même j'ai écrit il y a bien longtemps que rien n'avait été solutionné malgré les rodomontades des gouvernements occidentaux. La montagne de dettes a simplement été transférée vers les contribuables. Le problème resurgira plus virulent qu'auparavant et prendra la forme du défaut de paiement des dettes souveraines.
...
Sauver la Grèce en la maintenant au sein de l'Euro c'est faire comprendre au monde entier qu'après la Grèce le même dispositif profitera au Portugal, puis à l'Espagne puis ...
C'est faire comprendre aussi que même les pays les plus vertueux sont dorénavant cautions des états laxistes. Cette démarche est un très mauvais signal envoyé sur la capacité de l'€uro à traverser la crise, pour ne pas dire plus.


19/9/2010- Tous dans le même bateau

La stratégie consistant à s'acharner de conserver certains pays dans l'€uro non seulement prive ces pays de la seule arme leur permettant de s'en sortir, la dévaluation, mais conduit lentement mais surement à la contamination des dettes les moins mauvaises par celles des pays dont la communauté est désormais co-responsable.


31/10/2010- Salade Grecque

Cette semaine la question des dettes souveraines était à l'honneur un peu partout sur le web ou les ondes. Sans le dire véritablement c'était le sujet central du dernier Conseil européen. Je vous ai dit et répété ici même que la Grèce (et les autres ensuite) ne pourrait pas s'en tirer sans faire défaut d'une manière ou d'une autre. Aujourd'hui l'Allemagne est arrivée à mettre sur la table du Conseil une proposition visant à organiser cette faillite. Certes l'affaire n'est pas présentée sous cet aspect dans le compte-rendu final où on parle ''simplement'' de la définition d'ici décembre de mécanismes impliquant tant le secteur privé (les investisseurs) que le FMI.


14/2/2010- Un État peut-il faire faillite ?

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Bonne semaine à toutes et à tous

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