Quand un système de trading est-il robuste? (4ème partie)

Etude de cas : LTCM

Afin de comprendre la critique de Nassim Nicholas Taleb envers les traders top-down, nous avons sélectionné un exemple bien connu dans l'histoire du secteur financier : la chute du fonds hedge américain Long-Term Capital Management (LTCM). Le fonds est créé en 1994 par l'ancien dirigeant de Salomon Brothers, John Meriwether. C'est un adepte de la théorie du "marché efficace". L'idée de Meriwether est de traquer les plus petites différences dans les prix et de parier que les marchés les corrigeront au fil du temps. Afin d'y arriver, il embauche un groupe de scientifiques, diplômés de Harvard et MIT. Parmi les dirigeants se trouvent également Myron S. Scholes et Robert Merton Carhart, qui ont obtenu le prix Nobel de l'économie en 1997.

Arbitrage à rendement fixe

Le fonds opère principalement sur l'arbitrage à rendement fixe. Il est estimé que l'introduction de l'union monétaire européenne résultera en un taux uniforme sur toute la zone Euro. Le fonds investit dans les obligations d'état italiennes, car les taux d'intérêts élevés en Italie baisseront forcément avec l'arrivée de l'Euro. Les obligations d'état allemandes, en revanche, sont vendues car leurs cours baisseront.

Un levier extrêmement élevé

Afin de dégager des gains de ces différences de prix, le fonds fonctionne avec un crédit très élevé. Avec un capital de  2,2 milliards de dollars US, le fonds accumule des structures dérivatives d'une valeur nominale de 1,25 trillions de dollars US. Après des succès initiaux, le vent tourne dans l'été de 1998. La crise asiatique s'étend jusqu'en Russie, ce qui dévalue le Rouble. Les capitaux qui fuient hors de Russie sont en partie parqués dans les bons du trésor américains. Contrairement à l'estimation de LTCM, cet argent va également dans les obligations d'état allemandes qui sont considérées comme sures. Les obligations italiennes, en revanche, sont revendues. Les cours des obligations d'état d'autres marchés émergents s'effondrent et les liquidités de nombreux marchés s'épuisent.

Un choc exogène change tout

Il devient de en plus clair que les scientifiques de LTCM se sont trop reposés sur des modèles basés sur le passé. Ils n'ont pas tenu compte du fait qu'il peut y avoir des chocs exogènes, comme la crise en Asie et en Russie, qui mènent à l'épuisement des liquidités.

LTCM provoque un séisme financier

LTCM subit d'énormes pertes, car ils ont spéculé sur une baisse des spreads, alors que c'est l'inverse qui se passe. Le fonds se voit obligé de revendre une grande partie de ses titres à des prix très bas. Ce qui les achève, c'est le levier extrêmement élevé. Leur capital propre s'avère insuffisant pour pouvoir clôturer les positions prises. Les pertes sont si grandes que l'on craint une réaction en chaine sur les marchés financiers. Un groupe de banquiers finit par verser une subvention de 3,6 milliards de dollars US, car LTCM menace d'entrainer plusieurs banques dans leur chute.

La défaite de la logique

LTCM est certainement un cas extrême de la "défaite de la logique". Tout le processus d'investissement a été planifié et exécuté du haut vers le bas (top-down). Il a été fait appel à des modèles scientifiques sensés être infaillibles. Mais LTCM est une bonne leçon de ce qui peut se passer si une stratégie ne s'appuie que sur des modèles mathématiques basés sur des statistiques. De nombreux traders top-down croient encore en l'infaillibilité de ces modèles. Du point de vue de Nassim Taleb, ce sont d'authentiques "fragiles".

Avertissement: 

Cette analyse est diffusée à titre purement informatif et éducatif et ne constitue en aucune façon un document de sollicitation en vue de l'achat ou de la vente des instruments financiers émis par la société objet de l'étude. L'investissement et le trading sont des activités présentant des risques financiers. Tout investisseur doit donc se faire son propre jugement quant à la pertinence d'un investissement dans une quelconque valeur mobilière émise par la société mentionnée dans cette analyse, en tenant compte des mérites et des risques qui y sont associés, de sa propre stratégie d'investissement et de sa situation légale, fiscale et financière.

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