Bonjour à toutes et à tous,

Le Dollar retrouve de la vigueur tandis que l’Euro tangue. Au cœur d’une quinzaine dont les banquiers centraux sont à l’honneur, les mouvements sur le marché des changes font valser les positions, à l’image de ce qui se déroule sur les séances des bourses actions. Les mouvements en question ne sont donc pas au beau fixe pour tout le monde. En effet si depuis la semaine dernière la croissance américaine est qualifiée de robuste du côté de la FED confirmant ainsi un cheminement trimestriel pour la rehausse des taux US, c’est au contraire un discours plus fébrile qui a pris le dessus du côté de la BCE et cela se confirme d’une part avec la prolongation du QE européen -au moins jusqu’à la fin de l’année 2018- et d’autre part un rendez-vous désormais flou -d’ici la fin de l’été 2019- pour une première rehausse des taux de la zone euros.

Au-delà du constat d’escalade, notamment au niveau des montants, concernés par les droits de douane qui pourraient être imposés dans le cadre de la guerre commerciale que mènent les Etats-Unis avec le reste du monde, la patience, la persistance et la prudence dont les autorités monétaires européennes font preuve sont davantage dû aux tensions internes que traverse le vieux contient au travers un projet européen désormais en lambeaux.

Pour faire simple, une fois passée la période d’euphorie d’environ 5 ans liée à sa création en 1992, la confédération européenne essentiellement basée sur la bonne volonté des états qui la compose n’a correctement fonctionné qu’en période de relative croissance de 1997 à 2007, crise des dot.com mise à part. Cette Europe technocratique et non-démocratique, essentiellement centrée sur la résolution de questions cruciales telles que la taille règlementaire des emballages des fromages de chèvre produits au sein de l’Union n’est pas conçue pour répondre aux nouveaux défis qui l’attendent dès 2008. En effet cette bonne volonté disparaît dès-lors que la crise des sub-primes s’est répandue à travers le monde. Car finalement depuis une décennie chaque Etat européen tente de limiter les effets de cette crise majeure et de toutes les crises dérivées qui ont suivi en tirant la couverture à lui. Aujourd’hui en point d’orgue nous constatons une contagion des replis nationalistes à travers le vieux continent. Cela n’est guère enthousiasment mais comment admettre que, cédant à la pression du patronat allemand afin de contrer les pressions haussières sur les salaires germaniques, la chancelière allemande fut d’une générosité apparente sans faille envers des millions d’exilés, dont une large part économiques, tandis qu’elle fut d’une intransigeance remarquée envers ses propres concitoyens européens du Sud au cours des dernières crises des pays périphériques de la zone euro, et particulièrement envers la Grèce.

Aujourd’hui et après plus d’une décennie de règne se dégage donc peu à peu le véritable bilan, calamiteux, de la véritable dirigeante de l’Europe, Angela Merkel, qui, malgré l’insolente santé économique de l’Allemagne suite aux réformes de son prédécesseur Gerhard Schröder, s’est contentée de gérer la cagnotte teutonne au quotidien dans une vision à chaque fois électoraliste à court-terme, mais qui n’a rien fait pour aller de l’avant au sujet d’une intégration européenne plus poussée, la seule voie qui aurait permis in fine d’obtenir aujourd’hui au niveau du bloc européen une robustesse similaire à ce qui se constate outre-Atlantique.

Terminons par une note positive en pointant que les seuls succès à mettre au crédit de la chancelière concernent ses propres réélections, et ce par trois fois, excusez du peu.

Benoit Fernandez-Riou