Bonjour à toutes et à tous,

Les récents remous outre-Manche la semaine passée ont abouti à un rejet par les parlementaires du rejet initial des citoyens britanniques. Un rejet de rejet devrait donc logiquement nous faire revenir à la situation initiale, ce devrait être en quelque sorte une révolution mais au sens propre du terme. Ainsi à environ deux mois de l'échéance initiale la situation semble bloquée comme jamais elle ne l'avait été auparavant, avec d'un côté un gouvernement qui se montre inapte à présenter un plan B acceptable pour l'opposition et de l'autre cette même opposition incapable de destituer ce gouvernement.

L'échéance du 29 Mars 2019 prochain apparait donc comme de moins en moins tenable aux yeux des marchés qui tablent désormais sur un probable report de cette date. Cependant trois autres scénarios sont également envisageables.

Le premier dont les probabilités sont les moins grandes à ce jour, mais telle une option hors de la monnaie dont la valeur intrinsèque semble nulle au départ et dont le potentiel réside essentiellement dans la valeur temps, pourrait donc, couplée au report de la date d'échéance, se bonifier avec le temps qui passe. Il s'agit du scénario basé sur l'organisation d'un nouveau vote anglais sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne, remettant donc clairement en balance la décision souveraine du premier référendum du 23 Juin 2016. Il s'agit évidemment d'une arnaque démocratique dont on peine à croire qu'elle puisse un jour être mise en place et cautionnée par des personnes respectables. Et pourtant cela n'est jamais à exclure tant ce genre de pratique a déjà eut lieu par le passé et notamment dès que cela concerne les thématiques européennes. C'est le scénario idéal pour les milieux d'affaires et La City mais a priori il ne pourra se réaliser tant que Theresa May restera aux commandes, et c'est bien pour cette raison que l'opposition in fine ne souhaite pas majoritairement la destituer.

Le deuxième scénario, dont les probabilités semblent augmenter à fur et à mesure que l'échéance du 29 Mars prochain se rapproche, consiste à sortir de l'Union sans accord, donc brutalement tel un Brexit hard car sans les règles actuelles du partenariat privilégié dont bénéficie ce membre de l'Union. En effet du jour au lendemain, dès le 30 Mars les quotas et tariffs douaniers vis à vis de pays tiers seront officiellement activés des deux côtés de la Manche. Cette période de bascule à gérer pour les douanes des deux zones économiques concernées sera certainement difficile les premiers jours, mais ne nous y trompons pas car même dans le cas d'un Brexit soft il y aurait de toutes les façons de nouvelles règles à appliquer, ce qui rend donc dans tous les cas cette période plutôt délicate. D'autres domaines seront impactés comme le passeport européen des services financiers, qui deviendra caduque pour les sociétés financières basées à Londres, cependant il n'y a là rien d'insurmontable puisqu'une simple filiale sur le continent pourra résoudre l'affaire. Quant au reste, la monnaie est déjà domestique et la zone est déjà elle-même hors de l'espace Schengen. Vous avez dit hard Brexit, so what vous diront donc les marchés.

Un troisième scénario dont les probabilités semblent difficilement cernables dès lors que nous sommes en amont de l'échéance, consiste à trouver un accord, même à minima, et éventuellement dans les derniers jours si ce n'est dans les dernières heures, afin d'afficher officiellement une sortie maitrisée, un soft Brexit en quelque sorte, et dont les termes changeront sur la forme tandis que l'esprit restera sur le fond. Il faudra donc tout changer pour que rien ne change dans ce partenariat privilégié UE / UK mais au moins l'illusion de la maitrise, tout du moins de la gestion de la situation sera l'objectif principal à délivrer. Les marchés pourront bien s'en accommoder.

Dans tous les cas, que la date d'échéance soit respectée ou repoussée, ces trois scénarios sont les trois issues principales à terme, et bien que le marché ait une préférence il s'adaptera aux autres possibilités. Evidemment la volatilité pourrait connaitre un pic aux abords de l'échéance, toutefois la Livre Sterling et le Footsie devraient tenir bon.

Benoit Fernandez-Riou