La nouvelle n’a pas pu vous échapper, l’or, en euros, a dépassé son plus haut historique de 2012.
De son côté l’argent s’est réveillé et nous a offert des hausses inhabituelles depuis quelques années.

L’heure est à la pause après ces mois de hausse pour l’or et ces quelques jours de fièvre pour l’argent. L’or en euros s’est arrêté sur la résistance créé par le sommet historique de 2012, récemment dépassé. La forme que prendra cette consolidation sera importante à suivre pour anticiper la suite des évènements. Une consolidation peu profonde sera la marque d’un intérêt toujours d’actualité de la part des investisseurs, au premier rang desquels se trouvent des banques centrales de plus en plus nombreuses.

Traditionnellement lorsque l’or affiche une belle performance les investisseurs vantent l’investissement en argent et en minières aurifères en affirmant que ces supports sont plus profitables que de détenir de l’or.

La période 2000-2008 est souvent présentée comme la preuve de la sur-performance des minières et de l’argent sur le prix de l’or. Quelques graphiques devraient nous apporter des réponses.

Le graphique de l’indice BGMI (Barron's Gold Mining Index) est l’indice minier pour lequel nous avons le plus de recul historique. Celui-ci montre qu’en effet, vis-à-vis du S&P500, donc des actions « traditionnelles », se positionner sur les minières est à certaines époques particulièrement intéressant. Ce fut le cas par exemple durant la décennie 80 et de 2000 à 2011. Aujourd’hui ces minières sont à un niveau de valorisation relativement au S&P500 rarement atteint.


Fig. 1
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Ces mêmes périodes se retrouvent sur le graphique mettant en perspective le prix de l’or vis-à-vis de l’indice S&P500. L’or a ses périodes fastes, le S&P500 a les siennes, celles-ci sont en opposition de phase.

Fig. 2
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Néanmoins lorsque l’on croise les deux comparaisons (voir ci-dessous), c’est à dire que l’on s’intéresse maintenant à la performance relative de l’or vis-à-vis de l’indice minier BGMI, la vérité se fait jour sur la performance des minières.


Fig. 3
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Les années ayant suivi la « démonétisation » de l’or (dont celles de la décennie 80) révèlent que la performance du prix de l’or a été supérieure à celle de l’indice BGMI. Pendant la très longue consolidation du prix de l’or (1980-2000) les minières ont également affiché des performances inférieures en particulier dans la décennie 90.

La période 2000-2008 fut en effet une période faste pour les investisseurs placés sur les minières jusqu’au déclenchement de la crise dite des Subprime. En revanche depuis 2008 la performance du prix de l’or dépasse très largement tout l’historique précédent. Le graphique ci-dessus donne quelques ordres de grandeur : entre 2000 et 2008 le ratio est passé de 1,2 à 0,6 (soit une hausse d’un facteur 2) ; de 2008 à 2016 ce même ratio est passé de 0,6 à plus de 4 (soit un facteur 6,6). Aujourd’hui ce ratio se situe autour de 2,8 (soit un facteur 4,6).

Intéressons nous maintenant à la performance relative de l’or vis-à-vis de l’argent. C’est le célèbre ratio or-argent très commenté, et auquel certains font dire plus de chose qu’il en est possible.

Ce ratio n’est exploitable que depuis, grosso modo, 1968, année à partir de laquelle le prix de l’or est devenu plus ou moins fixé par le marché. La période précédent 1968, et plus particulièrement celle qui coïncide avec la période pendant laquelle or et argent étaient monétisés (bimétallisme), correspond à une époque durant laquelle le rapport entre l’or et l’argent était fixé de façon arbitraire par les gouvernements frappant la monnaie. Aussi lorsque certains appellent à un retour au ratio historique de 15 ceci n’a aucun sens. D’ailleurs pourquoi n’appellent-ils pas à un retour au ratio de 10 (voire de 8) en vigueur dans les pays asiatiques au même moment où le ratio de 15 et des poussières était la règle en Europe occidentale ? D’autres avancent que le ratio dit d’abondance entre l’or et l’argent (quantités d’or et d’argent présentes dans la croûte terrestre) serait l’alfa et l’oméga de ce ratio et qu’un retour à ce ratio d’abondance serait inévitable. Si la rareté était ce qui guide les prix, dans ce cas pourquoi le platine et le palladium, qui sont produits annuellement à raison d'environ 200 tonnes chacun, ne sont-ils pas dans un ratio de un pour un si cette logique était valide ?

Ceci étant dit, le ratio entre les prix de l’or et de l’argent depuis 1968 nous apprend plusieurs choses (voir graphique ci-dessous dans lequel les courbes de prix sont ramenées à l’indice 1 en 1968).

La moyenne de 1968 à nos jours du ratio (sur la base des moyennes annuelles des prix de l’or et de l’argent) est de 55,75 (2019 non échu compris). En d’autres termes au dessus de 55,75, l’or est surévalué par rapport à l’argent et inversement. Difficile d’en tirer d’autres conclusions.

L’autre information livrée par ce graphique concerne l’évolution de ce ratio depuis 1968. La droite de régression linéaire montre à l’évidence, qu’à ce jour et depuis 1968, le ratio s’est valorisé en moyenne de 9 points pas décade (8,82 exactement), ce qui doit conduire à une certaine prudence sur la conclusion précédente. Ce constat est conforté par les deux graphiques de l’or et de l’argent ramenés à une même origine (1 en 1968 pour les deux).


Fig. 4
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Pour offrir une meilleure lisibilité le graphique ci-dessous affiche l’écart entre les prix de l’or et de l’argent ramenés à un même indice en 1968. Le constat est sans appel. Cet écart s’est en effet accru à peu près constamment depuis 1968 pour culminer en 2012 ( à 28,41 partant de 0 en 1968). L’écart s’est particulièrement creusé à partir de 2000.

Fig. 5
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Donc en résumé, que ce soit vis-à-vis de l’argent ou des minières, l’or est, en matière d’investissement moyen et long terme, un produit financier plus performant.

Ma démonstration n’écarte pas la possibilité d’intervenir sur des unités de temps courtes pour profiter des effets de sur ou de sous valorisation. Mais dans ce cas il ne s’agit plus d’investissement mais de simple spéculation (ce qui n’est pas un gros mot).

Dans ce cadre le ratio or-argent peut en effet être utiliser par un opérateur aguerri pour se positionner à la vente sur un métal tout en étant à l’achat sur l’autre avec des instruments financiers ad hoc. Le ratio en lui-même ne peut pas être utilisé avec les outils de l’analyse technique (les ingrédients qui font que l’analyse technique « fonctionne » ne sont pas présents). Le seul outil éventuellement utilisable serait d’employer une moyenne mobile pour tenter de valider un retournement dans le ratio permettant de dénouer voir d’inverser ses positions. J'ai bien dit "tenter" !


Fig. 6
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Mais c’est là que mes maigres compétences s’arrêtent.

Excellente semaine