Bonjour à toutes et à tous,

Selon le pays être banquier central n’est pas forcément un poste très enviable. Par exemple être aux commandes de la Banque Centrale Turque, ne peut, ces derniers temps, s’envisager pour du long terme, car le turnover s’accélère à la tête de cette institution. En effet, après deux changements en moins de deux ans, Naci Agbal, ancien ministre des Finances, a été lui-même remercié en fin de semaine dernière, quatre mois seulement après sa prise de fonction, et surtout deux jours après avoir remonté fortement les taux directeurs de 2 points, les passant à 19 %, dans un contexte d’inflation croissante et très forte, près de 15 % annuel.

Ne doutons point que son remplaçant, Sahap Kavcioglu, économiste et ancien député du parti au pouvoir, aura à cœur d’accompagner la politique économique de l’exécutif, en pilotant les décisions monétaires d’une main fébrile s’il souhaite tenir plus longtemps que ses prédécesseurs. Cela signifie concrètement abandonner pour un temps le mandat d’origine de la BCT, et qui avait été renforcé en 2006, à savoir la mise en œuvre d’une politique de stabilisation des prix, donc de lutter contre l'inflation, au profit d’un objectif plus conjoncturel qu’est celui de permettre de soutenir la reprise de l’économie turque, notamment après la séquence Covid.

Cet objectif conjoncturel a notamment pour effet de bord de déprécier la livre turque sur le temps long, non seulement par l’effet de l’inflation mais également par celui de la fuite régulière des capitaux, poussant naturellement USD/TRY vers le nord.
C’était déjà le cas lors du paradigme précédent, lorsque la BCT arreta son peg fin Juillet 2020, laissant les cours filer de 6,85 à plus de 8,5 début Novembre 2020. Et c’est de nouveau la situation récente lorsque depuis mi-Février 2021 les cours étaient dans une dynamique haussière assez rapide, passant de 7,0 à 7,8. Les quotations consolidaient alors depuis le dernier sommet sur 7,8 pour un appui qui était attendu sur 7,4 environ, c’est-à-dire sur l’oblique basse d’un petit canal haussier.

Toutefois le différentiel des taux, entre le dollar américain dont la rémunération est proche de zéro, et la livre turque dont 19 % sont octroyés annuellement, va clairement dans le sens des carry traders qui exploitent par moment calme cet effet rémunérateur, poussant USD/TRY naturellement vers le sud. C’était le cas depuis fin 2020 jusqu’à mi-février 2021, et ce fut de nouveau le cas lorsque suite à la remontée des taux directeurs les cours avaient avorté la reprise attendue sur l’oblique basse du petit canal haussier en faisant chuter USD/TRY de 7,4 à 7,2 donc clairement sous l’oblique basse.

USD/TRY Daily :
2021-03-23 - USDTRY Daily

Nano

En météorologie deux vents dominants puissants et contraires qui s’opposent donnent généralement des perturbations sur un front chaotique lorsqu’ils se rencontrent. Et c’est actuellement la situation que nous vivons depuis la semaine dernière lorsque les cours impriment en moins de 4 séances 7,5 puis un point bas sur 7,2 pour une reprise sur 8,2 et désormais 7,8 !

Ce changement de cap à la tête de l’institution a donc eu pour effet de pousser une fois de plus à la fuite des capitaux, une chute de la bourse d’Ankara ainsi qu’au débouclage rapide de certaines positions de carry trade sur la paire USD/TRY.

USD/TRY Weekly :
2021-03-23 - USDTRY Weekly

Nano

La dynamique quotidienne est désormais haussière, et si les 8,5 sont de nouveau en ligne de mire de certains cambistes, d’autres parlent d’une amorce de mouvement de plus grande ampleur, les 9,0 en projection d’oblique long terme des plus hauts de Novembre 2020, voire les 10,0 en projection oblique de ceux d’Août 2018, pourraient alors être envisagés. Evidemment tout cela doit s’envisager avec prudence tant la volatilité vient de faire son grand retour sur la paire, ainsi un stop d’invalidation du scénario largement sous les 7,0 serait de mise.

Bons trades, et rendez-vous le 6 Avril pour une journée exceptionnelle de conférences online.

Benoit Fernandez-Riou
Livres Forex Trader