LE FONDEMENT ET LA FINALITÉ D’UN SYSTÈME DE TRADING

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  • Quand avez-vous découvert les marchés boursiers et le trading ?
Perry Kaufman: Après avoir quitté l'industrie aérospatiale en 1970, j'ai créé ma propre entreprise informatique. Nous nous étions spécialisés dans l'automatisation du système de remboursement des frais médicaux par l'Etat (si j'avais su, j'y serais resté !) Un jour, quelqu'un est venu nous voir et nous a demandé si nous pouvions trouver un moyen de sécuriser les options. À l'époque, rien n'était réellement fait sur un ordinateur. IBM n’était pas intéressé et ils ont donc cherché quelqu'un avec de l’expérience en mathématiques. Nous avons accompli la mission, puis une chose en a mené une autre.
  • Qu'est-ce qui vous a poussé à changer radicalement de carrière et à rester sur les marchés financiers ?
Perry Kaufman: Après le projet sur les options, nous avons eu un client qui nous a mis au défi de le battre en trading avec l'aide des mathématiques. En plus, il nous avait promis un gros pourcentage si nos gains dépassaient les siens. Nous avons obtenu de très bons résultats, car, par chance, l'Accord sur le blé avec la Russie de 1973 s’est mis en place, ce qui a fait grimper de 300 pourcents le prix des céréales. Malheureusement, nous avons quand même perdu contre lui, car dans un marché haussier, tout le monde se porte bien. Mais j’avais attrapé le virus des marchés boursiers et il ne m'a jamais quitté.

Qu'avez-vous appris et comment votre approche des marchés a-t-elle changé ?

Perry Kaufman:Je dois approfondir cette question. J'ai beaucoup appris sur les marchés, mais dans l'ensemble, en ce qui me concerne, la boucle est bouclée. J'ai développé toutes sortes de systèmes, rapides et lents. J'ai bien réussi dans la plupart des cas et je n’ai eu que quelques échecs. Mais en fin de compte, je préfère agir sur les tendances. J'ai appris que les marchés actuels sont plus complexes. En fait, ils sont plus volatils. Quand j'ai commencé dans les années 70, on pouvait gagner de l'argent avec une moyenne mobile sur 10 jours. Au fil des ans, le bruit a augmenté et il faut agir sur des tendances plus lentes. Vous obtenez moins de mouvement sur les marchés. Néanmoins la tendance se trouve sur les grands mouvements économiques, qui sont toujours présents. Ce n'est pas la seule méthode qui fonctionne, mais c'est la plus sûre.
  • Avez-vous déjà fait du trading discrétionnaire ?
Perry Kaufman: : Oui, j'ai fait du trading discrétionnaire dès le début, pour mon propre compte. Je trade toujours pour mon propre compte, mais j'utilise les mêmes systèmes techniques que ceux que j'offre à mes clients. J'aimais le trading discrétionnaire, mais je le trouve trop instable. Vous pouvez gagner de l'argent pendant plusieurs semaines de suite, puis ça ne fonctionne plus aussi bien et vous êtes bloqué. Ça me fatigue un peu. Heureusement, comme je connais bien les mathématiques et l'informatique, j'ai découvert que je vis très bien le fait d’être la tortue et non le lièvre. Les systèmes techniques ne sont pas parfaits, mais ils font leurs preuves au fil du temps et sont plus prévisibles, ce qui est suffisant pour moi.
  • En ce qui concerne les systèmes de trading : Comment les très grands acteurs du marché agissent-ils pour garder une longueur d'avance sur la concurrence?
Perry Kaufman: C’est une bonne question. D'après mon expérience, les plus gros joueurs peuvent agir de façon discrétionnaire ou algorithmique, et la majorité d'entre eux agissent de façon algorithmique. Ils utilisent habituellement l'approche qui suit la tendance et peuvent obtenir les liquidités dont ils ont besoin parce que les tendances à long terme ne changent pas très souvent de direction. De plus, ils peuvent acheter ou vendre au taux moyen sur une semaine ou plus et ne sont pas le moteur du marché. Ils peuvent également avoir un grand nombre de stratégies plus rapides qui ne peuvent être tradées qu'avec une taille d’ordre plus petite, mais qui permettent une plus grande diversification.

Garder une longueur d'avance est plus difficile. D'après les chiffres de performance publiés, vous pouvez voir que les grandes entreprises affichent souvent des profits ou des pertes similaires chaque mois. Certains d'entre eux attachent plus d'importance à un secteur, comme les taux d'intérêt, mais cela augmente aussi leur risque. Personnellement, je préfère la même pondération dans la mesure du possible, car je ne connais personne qui ait prédit avec succès quel secteur sera le plus performant la prochaine fois. Il faut donc prendre plus de risques pour se démarquer de la concurrence. Ou, si vous êtes vraiment intelligent, vous serez le premier à trouver une nouvelle méthode de trading, comme par exemple le trading à haute fréquence, mais cela n’arrive pas très souvent.
  • Comment savoir si le système que vous utilisez ne fonctionne plus de manière rentable ?
Perry Kaufman: La réponse n’est pas bien compliquée : lorsque vous ne gagnez plus d'argent ! Mais en réalité, c'est une question plutôt difficile. En théorie, nous concevons un programme de trading en fonction d’un certain niveau de risque, mesuré par la fluctuation annualisée des rendements. Pour le secteur des futures, cela représente environ 14 %, ce qui correspond à un écart-type. Par exemple, la probabilité d'une perte de plus de 14 % sur un an est de 16 %. Mais il est également possible que la perte soit deux fois plus élevée. Le vrai problème est de décider s'il s'agit d'une perte "normale" ou si le programme ne fonctionne plus. Pour le savoir, vous devez examiner la fréquence des pertes, leur durée et d'autres statistiques. À mon avis, la fréquence des pertes est l'indicateur le plus probable que quelque chose ne va pas. En fin de compte, on pourrait dire : "Cela pourrait encore être normal", mais je préfère une réduction partielle de position si je ne suis pas sûr d'un programme ou si la perte atteint une fois et demie l'écart type. C’est ainsi que nous gérons le "risque opérationnel". L'investisseur et moi-même voulons rester en affaires. Je renonce aux gains potentiels tant que je n’ai pas décidé si le programme est fonctionnel, ou qu'il continue de se détériorer. Soit dit en passant, la solution à ce problème est toujours en suspens
  • Voyez-vous des avantages durables pour les traders particuliers par rapport aux grands acteurs ?
Perry Kaufman: Oui, les traders particuliers sont plus flexibles sur le marché parce qu'ils peuvent entrer et sortir sans que personne ne le remarque. Ils peuvent prendre le même risque sur les actions parce que leurs positions sont petites. Les gros traders, en revanche, ne peuvent pas profiter de certaines opportunités parce qu'ils déplaceraient trop le marché avec la taille de position dont ils ont besoin.
  • Vous utilisiez déjà les moyennes mobiles dans les années 1970. De nombreux traders utilisent encore ces concepts aujourd'hui. Voyez-vous encore de la valeur dans cette approche ?
Perry Kaufman: Absolument. Les tendances fonctionnent. Mais ces tendances doivent s'inscrire dans la durée pour suivre l'évolution de l'économie, du dollar ou de l'euro, voire des évolutions majeures de l'offre et de la demande. Je ne m’essaierais pas sur des tendances plus rapides parce que je pense qu'elles ne sont pas fiables. Les prix peuvent être très défensifs quand il y a des nouvelles, mais il est difficile de capturer ceci avec une moyenne mobile ; dans la plupart des cas vous recevez de faux signaux. Pour réussir, les systèmes de tendance doivent capturer les mouvements forts qui ne peuvent pas être expliqués par la distribution normale classique. Si vous avez étudié le profil de l'évolution des tendances, vous constaterez qu'il y a beaucoup plus de pertes que de gains, donc les gains doivent être plus élevés. Je suis convaincu qu'il faut un bénéfice rare - mais très important - pour être dans le positif.
  • Que pensez-vous de la programmation à l’aide d’une intelligence artificielle ?
  • Avez-vous de l'expérience dans ce domaine et, si oui, quels résultats avez-vous obtenus ?
Perry Kaufman : J'ai créé un programme de gestion de portefeuille avec un algorithme d’intelligence artificielle et je pense pouvoir battre la méthode de l'écart-type moyen utilisée communément. D'un autre côté, je n'utiliserais ni l'un ni l'autre parce qu'ils ne sont rien de plus qu'un exercice de sur-optimisation. Ces outils puissants sont tentants, mais je ne pense pas qu'ils fonctionnent vraiment bien sur les marchés. Je crois toujours que les solutions les plus simples sont les meilleures.
  • Les nouveaux marchés et les anciens marchés - cette question a été abordée à l'origine dans votre livre Smarter Trading. Quels sont les marchés les plus jeunes aujourd'hui et quels sont les plus anciens ?
Perry Kaufman: C'est une bonne question et cela nous ramène à la raison pour laquelle les petits investisseurs ont un avantage. Les marchés plus récents, habituellement les marchés sur indices, sont beaucoup plus tendanciels et peuvent être tradés avec des moyennes mobiles plus rapides - ou d’autres méthodes de suivi de tendance.

C'est exactement comme cela que nous avons tradé dans les années 1970, avant que le volume ne grimpe en flèche. Il y a moins de bruit sur les nouveaux marchés parce qu'il y a beaucoup moins de participants. Mais à mesure qu'ils mûrissent, ils deviennent plus volatils. Les marchés indiciels américains, suivis par les marchés européens, sont donc les plus volatils, d'où la nécessité de tendances plus lentes pour y réussir.
  • Quel indicateur technique est le plus fiable pour détecter le bruit dans une série de prix ?
Perry Kaufman: Le seul indicateur que je connaisse qui mesure le bruit est mon propre indicateur Efficiency Ratio, aussi appelé efficience fractale. C'est simplement la différence de prix sur n jours divisée par la somme de la distance parcourue, qui est la somme des valeurs absolues des variations quotidiennes sur les mêmes n jours. L'idée était que si vous vous déplacez en ligne droite d'un point A à un point B, l'efficacité serait de 1,0 (sans bruit). Si, par contre, vous évoluez sans but dans la zone, l'efficacité diminue ; et si, finalement, vous restez sur place, l'efficacité est nulle (bruit seulement), voir Figure 1.

Bien que je l'aie développé au début des années 1980, la seule application utile que je lui ai trouvée est de permettre de décider quel système utiliser pour chaque marché. Par exemple, si le ratio est élevé, la tendance est particulièrement claire, de sorte que nous pouvons utiliser une méthode de suivi de tendance. Si, par contre, le ratio est faible, alors une stratégie de retour à la moyenne est préférable. J'avais espéré lui trouver une meilleure utilité, mais je n'ai encore rien trouvé à cet effet.

Figure 1. Niveau de bruit du marché.

La figure 1 montre plusieurs façons d'obtenir exactement le même résultat (avec une augmentation de prix de 440 à 475 dollars). La différence, cependant, réside dans la volatilité, ou le bruit, qui se produit.

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J'ai créé deux graphiques pour le Asian Financial Forum en 2012. L'un est un classement des marchés asiatiques en termes de bruit (figure 2) et l'autre est un classement d'un grand nombre de marchés à terme (figure 3). Vous pouvez voir que les marchés plus anciens en Asie, au Japon et à Hong Kong, sont en tête du classement, tandis que les marchés les moins tradés, le Sri Lanka et le Vietnam, sont ceux qui ont le plus de tendances. En termes de futures, les marchés indiciels américains et européens ont le plus de bruit, en dehors des futures sur produits agricoles. Il est donc préférable d'utiliser des systèmes de retour à la moyenne pour les marchés de droite et des systèmes de suivi de tendance pour les marchés de gauche.

Figure 2. Classement des marchés asiatiques par niveau de « bruit » de 2005 à 2010.

Cette figure montre plusieurs marchés asiatiques répertoriés en fonction de leur niveau de bruit respectif. Les marchés plus matures (Japon et Hong Kong) sont les plus volatils, tandis que les marchés les moins tradés (Sri Lanka et Vietnam) sont les plus tendanciels.

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Figure 3. Ratio d'information par ordre décroissant, tous les futures depuis 1990, les marchés indiciels américains et européens étant les plus volatils. Ainsi, pour les marchés à droite sur le graphique, il est préférable d'utiliser des systèmes de retour à la moyenne, et pour les marchés à gauche, il est préférable d'utiliser des systèmes de suivi de tendance.

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  • D'après votre expérience, quel est le meilleur filtre possible pour détecter une tendance ?
Perry Kaufman: J'utiliserais une tendance à long terme comme filtre pour les opérations à court terme. Peu importe la méthode que vous utilisez. Je pense que vous obtiendrez le même résultat sur la plupart des calculs de tendance au fil du temps. Seul le marché compte, pas la méthode. Si le marché est en tendance, alors toutes les méthodes sont rentables. Inversement, s'il n'y a pas de tendance, vous n’en trouverez aucune quelle que soit la méthode. Toutefois, il existe certaines différences internes. Par exemple, une moyenne mobile a beaucoup de petites pertes et peu de gains importants. Avec un système de break-out, c'est presque l'inverse qui se produit : plus de profits, mais également des pertes plus importantes. Toutefois, à long terme, il n'y a pratiquement pas de différence dans les rendements. C'est ce qui ressort de deux graphiques - le S&P et le US 5-Year note (tous deux des futures, voir les figures 4 et 5).

Figure 4 : Systèmes fréquemment utilisés - S&P, tendance sur 100 jours.

Le graphique montre les bénéfices de trois systèmes fréquemment utilisés pour une période de calcul de 100 jours : la moyenne mobile (GD), le Breakout (BO) et la Régression linéaire (LRS). À long terme, il n'y a pas de différence extrême dans les rendements.

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Figure 5. Systèmes fréquemment utilisés - US 5-Year-Note, tendance à 100 jours.

Le graphique montre les gains pour trois systèmes fréquemment utilisés pour une période de calcul de 100 jours : la moyenne mobile (GD), le Breakout (BO) et la Régression linéaire (LRS). À long terme, il n'y a pas de différence extrême dans les rendements.

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Les graphiques montrent les bénéfices pour chacune des trois méthodes les plus courantes, la moyenne mobile (GD), le Breakout (BO) et la Régression linéaire (LRS)* pour une période de calcul de 100 jours. Nous savons, d'après l'enquête sur le bruit du marché, que les bons du Trésor sont plus tendanciels. Le graphique montre également que les rendements sur une période de 24 ans sont très proches. Sur le S&P le modèle est similaire, mais pas aussi uniforme. Cependant, si je devais faire la moyenne des résultats d'un grand nombre de marchés, il serait difficile de déterminer quelle serait la meilleure tendance.

Pour les traders à la recherche de plus de détails, les figures 6 et 7 montrent les résultats de l'optimisation de ces trois tendances en termes de facteur de profit (bénéfice brut divisé par les pertes brutes). Les deux graphiques ont tendance à montrer un meilleur résultat lorsque la période de calcul augmente (de dix à 150 jours dans le graphique). Pour le US 5-Year-Note, le break-out semble être le meilleur, alors que pour le S&P, c’est la régression linéaire. Il est important de considérer ceci comme un problème majeur de données lors du choix d'une méthode.

Figure 6. Optimisation sur le S&P à partir de 1990 : Facteur de profit.

Le graphique montre les facteurs de rentabilité des systèmes pour plusieurs périodes de calcul : moyenne mobile (GD), breakout (BO) et régression linéaire (LRS). Dans la plupart des cas, il n'y a pas de différences extrêmes dans les rendements.

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Figure 7. Optimisation sur US 5-Year-Note à partir de 1990 : facteur de profit.

Le graphique montre les facteurs de rentabilité des systèmes pour plusieurs périodes de calcul : moyenne mobile (GD), breakout (BO) et pente de régression linéaire (LRS). Dans la plupart des cas, il n'y a pas de différences extrêmes dans les rendements.

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  • Dans votre dernier livre, très complet, sur les systèmes de trading, vous avez développé des centaines de codes pour TradeStation.
  • Pouvez-vous nous dire ce que vous recommanderiez pour 1) le trading intraday et 2) le trading overnight/swing ?
Perry Kaufman: C'est beaucoup demander. Si c'était mon but, j'aurais publié un livre sur le système qui me convient le mieux et le sujet serait clos. En fait, il y a beaucoup de systèmes avec lesquels vous pouvez gagner de l'argent ; et beaucoup de différentes personnalités de trader qui préfèrent un trading plus rapide, beaucoup de petits profits, de grandes positions, l'arbitrage etc. Mais le livre que vous avez mentionné est censé montrer des techniques. Si vous connaissez les différentes façons d'interpréter les mouvements de prix, vous pouvez développer vos propres techniques ou trouver celles qui correspondent le mieux à votre personnalité.

Mais pour répondre un peu mieux à la question : Je rechercherais, pour de l’intra-journalier, des systèmes de retour à la moyenne et, pour des trades sur quelques jours, peut-être des break-out à court terme. Le trading de paires et le trading de divergence sont aussi de bonnes méthodes.
  • Tout le monde se plaint du trading à haute fréquence. Influence-t-elle vraiment les grandes tendances ?
Perry Kaufman: Je ne crois pas. Si le trading à haute fréquence est rentable (et ce n'est pas toujours le cas), il retire le profit du marché, ce qui touche tout le monde. Mais il apporte également de la liquidité et un peu de bruit. L'effet le plus important, cependant, est peut-être qu'un mouvement légèrement plus important dans une certaine direction est nécessaire pour obtenir un signal, et un autre mouvement plus important pour sortir. A mon avis, l’impact est minime pour les traders qui ne gardent leurs positions que quelques jours ou même un peu plus.
  • De nombreux traders apprennent en faisant des erreurs. Quels sont vos conseils pour les traders qui ne comprennent pas qu’en trading, tout dépend d'un certain processus, ainsi que de la gestion des risques et de la bonne taille de position ?
  • Ou bien est-il nécessaire de faire des erreurs pour réellement apprendre ?
Perry Kaufman: Les débutants doivent s'attendre à perdre de l'argent c’est simplement partie du processus initial. Ils doivent comprendre qu'ils peuvent faire de l'argent, pourvu qu'ils aient la bonne approche. Mais leur enthousiasme au début est si grand qu'ils se précipitent dans les trades. Ma première règle serait qu'ils doivent avoir un système. Il n'est pas nécessaire de l'informatiser, mais il faut des règles claires. Les meilleurs traders discrétionnaires procèdent de manière systématique, même si le système n’est que dans leur tête. Et quand on a des règles, il faut les suivre.

Vous devez d'abord commencer petit, vraiment petit, et vous ne devez pas vous inquiéter si vous devez accepter une perte. Il faut simplement être capable d'accepter une perte parce qu'elle fait partie intégrante du processus. Si vous n'êtes pas en mesure d'abandonner une transaction et de faire face à une petite perte, vous n'êtes tout simplement pas fait pour trader. Et à chaque système son profil de trader, comme je l'ai mentionné plus tôt. Vous devez donc suivre vos règles à la lettre.

Il est également important de ne pas se fixer trop de règles. Personnellement, ma devise est que l'on avance mieux quand les règles ne sont pas trop nombreuses. Si j'applique les mêmes règles à toutes les actions ou à tous les contrats à terme, les résultats ne seront pas très reluisants, mais j'aurai la robustesse qui est la clé du succès pour moi : Je veux que le système de trading fonctionne sur tous les marchés (ou du moins sur la plupart des marchés), même s'il fonctionne bien sur certains marchés et qu'il fait à peine des profits sur d'autres. Ce que je ne veux pas, c'est un système qui ne fonctionne que sur un seul marché.

En outre, tradez toujours chaque position avec le même risque. Pour les actions, cela signifie que vous investissez le même montant d'argent dans chaque position. Pour déterminer la taille de la position, divisez simplement le montant du placement (disons 10 000 $) par le cours de l'action. Ce n'est pas parfait, mais vous ne voulez pas trader 100 actions Google (environ 1200 dollars) et 100 actions de Bank of America (environ 17 dollars). Les profits et pertes de Google seront si importants que les actions de Bank of America ne seront plus pertinentes. Dans le cas des futures, par exemple, vous prenez un montant de placement de 25 000 dollars par marché pour déterminer le nombre de contrats et le divisez par la volatilité sur 20 jours. Ceci est possible grâce à l'effet de levier sur les futures. Une fois que vous avez défini une taille de position pour tous les futures, vous pouvez les échelonner uniformément en fonction de la taille réelle de votre investissement.

Avec le même risque pour chaque position, vous obtenez une grande diversification, ce qui signifie un contrôle optimal du risque. Bien sûr, il existe d'autres façons de contrôler le risque, mais si vous êtes à vos débuts, c’est ce qu’il y a de mieux.
  • Dans l'un de vos livres, vous décrivez comment donner un "cadre cohérent" au processus de recherche et de développement. Pouvez-vous nous expliquer brièvement comment cela fonctionne ?
Perry Kaufman: L'idée de base est de partir d'une prémisse solide – comme une tendance cyclique ou un arbitrage. Et ne pensez pas qu'un ordinateur peut faire le travail pour vous et qu’il trouvera une méthode appropriée, parce que cela ne fonctionne tout simplement pas. Vous devez ensuite tester cette méthode avec beaucoup de données, en partie sur une base d'échantillonnage (données connues) et en partie sur une base hors échantillon (données inconnues). Vous devez comprendre comment interpréter les résultats. Je suis favorable à l'examen des résultats de tous les tests. Le " succès " signifie que 70 % de tous les tests ont été rentables. Mon attente correspond alors au résultat moyen de tous les tests. Je ne pense pas qu'on puisse choisir un ensemble particulier de paramètres et s'attendre à ce qu'il soit le meilleur le mois suivant. C'est pourquoi j'utilise plusieurs paramètres différents pour obtenir un résultat moyen. C'est peut-être trop conservateur pour certains investisseurs, mais j’en reviens toujours à la course entre le lièvre et la tortue.
  • De nombreux hedge funds ont tendance à embaucher de plus en plus de physiciens, de statisticiens ou de biologistes. Cependant, on peut souvent observer que les méthodes simples sont les plus efficaces. Qu’en pensez-vous ?
Perry Kaufman: C'est une question délicate. Les entreprises qui confient leur argent à des hedge funds semblent accorder une grande importance au nombre d'employés titulaires d'un doctorat dans l'entreprise et supposent qu'elles veilleront à ce que les stratégies correspondent toujours à l'état actuel de la recherche. Mon expérience personnelle, cependant, est que ce n'est pas vrai du tout. Vous avez besoin de quelqu'un avec une bonne connaissance des mathématiques, mais aussi avec de l'expérience en bourse. Vous ne pouvez tout simplement pas développer une bonne stratégie en ne vous reposant que sur un ordinateur.

Une prémisse solide est indispensable et ne peut être donnée que si vous avez observé de près le marché et compris les données fondamentales. Ainsi, un jeune employé titulaire d’un doctorat ne pourra probablement être productif que lorsqu’il aura acquis une connaissance réelle du marché. D'un autre côté, un trader en bourse avec beaucoup d'expérience sur le terrain peut donner à un mathématicien financier une idée de la façon dont le marché réagit, par exemple, à une baisse des bénéfices. Ce dernier pourra alors le retranscrire, tout comme pourrait le faire un programmeur intelligent bien sûr. C’est donc bien le concept qui est le plus important, pas les mathématiques.
  • Si vous aviez 100 millions de dollars de capital, qu'en feriez-vous pour réaliser des profits ?
  • Quels marchés, stratégies, unités de temps vous viennent à l'esprit ?
Perry Kaufman: Vous savez certainement que je ne peux pas divulguer de telles informations. Si je vous disais maintenant ce que j'en ferais, je n'aurais plus d'avantage concurrentiel. Mais je peux dire à ce stade que des capitaux importants nécessitent soit de nombreux systèmes de trading rapides, soit quelques systèmes lents. C'est probablement la raison pour laquelle plus de 60 pour cent de tous les systèmes de trading sont des systèmes de suivi de tendance à long terme. Ce type de système fonctionne sur des échéances plus longues et permettent de trader des volumes plus importants. Plus le système est rapide, plus la liquidité est faible. Ce qui veut dire que lorsque vous représentez une entreprise qui a 20 milliards de dollars à gérer, vous préférez l’option lente et vous vous concentrer sur la gestion des risques.
  • Avez-vous d’autres conseils à donner ?
Perry Kaufman: Oui, je veux que vous n'oubliiez jamais que le marché change constamment et qu'il y a des tendances dans l'avenir que nous n'avons jamais vues dans le passé. Je recommande vivement un livre de Dietrich Dörner intitulé "Logik des Misslingens" ("Logique de l'échec"). Les lecteurs peuvent trouver la solution eux-mêmes, mais la leçon qu'ils en tireront sera importante pour leur trading.
  • En dehors du marché boursier, qu’appréciez-vous le plus dans vos temps libres ?
  • Et avez-vous des projets d'avenir qui vous tiennent à cœur ?
Perry Kaufman: Du temps libre ? Tu crois vraiment que j'ai du temps libre ? J'avais l'habitude de jouer au tennis, de skier et de faire de la plongée, mais de nos jours, je suis probablement plus devant mon ordinateur que de raison. D'un autre côté, c'est juste que j'aime vraiment développer des systèmes et trader. J'ai déjà essayé de prendre ma retraite à deux reprises et j'ai fini par fonder une nouvelle entreprise et écrire un autre livre. Je me dis que j’ai de la chance de pouvoir faire ce que j’aime.

Perry Kaufman

Perry Kaufman

Au début de sa carrière, Perry J. Kaufman s'est consacré à la recherche aérospaciale, avant de se lancer dans les marchés à terme en 1971. Ses premiers programmes de trading utilisaient des moyennes mobiles exponentielles. À la fin des années 1970, il a déménagé à New York où il a mis sur pied un programme de trading de matières premières très réussi pour Prudential-Bache.

De 1980 à 1991, il a occupé un poste de cadre supérieur dans les systèmes de trading chez Transworld Oil, alors la plus importante société de trading de futures pour compte propre dans le monde. De 1992 à 1999, M. Kaufman a travaillé pour Drapeau Advisors, une société spécialisée dans le courtage à court terme. Depuis 2000, son cabinet de conseil compte des clients tels que le groupe de trading pour compte propre Cinergy, Graham Capital Management et Mizuho Alternative Investments. Dans ses nombreuses publications,

Kaufman a traité à plusieurs reprises des marchés et des stratégies. Il a publié au total 13 livres à ce jour, dont le plus récent, "Trading Systems and Methods" a vu sa cinquième édition publiée en 2013. Il est directeur général et associé de KaufmanSignals.com (images KaufmanSignals.com). Il donne à l'occasion des conférences dans des conventions d'affaires, auprès d’associations d'investisseurs et d’étudiants.

Source : Traders' Mag.